Je marchais sur la rue St-Denis, près de la rue Beaubien, vers la fin d’après-midi. La neige fondait au soleil et un espoir de printemps donnait aux passants un petit air nonchalant et joyeux.
L’un d’entre eux, quelques pas devant moi et particulièrement nonchalant, chiffonne un sac de plastique et le jette sur un terrain, avec le même geste que s’il s’était agi d’une poubelle. Sans hésitation, déterminé à se débarrasser de ce déchet. Le sac bleu et son contenu non identifié s’enfonce un peu dans la neige blanche, tache bien disgracieuse dans le paysage.
Comme je marche d’un bon pas, je rattrape rapidement le passant. « Excusez-moi… Il y a une poubelle juste là, au coin de la rue. Ce serait plus chic… »
Voilà. Tout citoyen qui fait ce genre de commentaire sait qu’il ne faut pas s’attendre à se faire recevoir avec un sourire. Souvent, on se fait répondre des trucs comme : « Ouais, ouais… », « On s’en fout! » « De quoi tu te mêles? » Rien de bien méchant, ni de très intelligent. Parfois, la personne ramasse son truc et passe son chemin. D’autres fois, elle nous ignore. Tant pis.
Mais aujourd’hui, le passant a eu la réaction la plus intense que j’aie expérimentée.
- Ça te dérange?, me lance-t-il en anglais.
- Ben… oui, ça me dérange.
Et là, il dérape. Une litanie d’injures. Il se met en fait à me crier après. Je deviens soudainement toutes les femmes contre qui il a une dent.
Stupid bitch, f**king bastard. This was my city before it became yours, mind your own business, don’t tell me how to live my f**king life, stupid queen of the city. Crazy bitch, we don’t need people like you, you remind me of my girlfriend, you f**ker…
Et il poursuit. Je ne me laisse pas insulter comme ça et je lui dit de se calmer, d’oublier ça.
- If I’d seen the garbage, I would have use dit, I have more respect than this, what do you think, bitch?
- If you do have any respect, you actually don’t show much!
Vous vous dites peut-être que le mieux est de ne rien dire. Mais le problème c’est qu’il marchait à côté de moi en m’insultant comme si nous étions maintenant ensemble. Ça aurait pu ressembler à une chicane de couple pour quiconque passait par là. Et si je ne répondais pas, son ton montait encore plus. Je lui demandais d’être poli, de baisser le ton, de faire attention à ce qu’il disait, sans débattre de quoi que ce soit.
Jamais je ne me suis engueulée avec quelqu’un sur la rue. Mais là, on se criait littéralement après. Moi pour qu’il me lâche les semelles, lui pour se vider le cœur de toute la frustration accumulée depuis sa naissance.
Un autre passant est venu à ma rescousse. Il a pris la place du type à mes côtés jusqu’à ce que j’arrive à la porte de l’endroit où je me rendais. Il avait assisté à la scène depuis le début et était découragé de la réaction du marcheur déchaîné. Les insultes continuaient de venir de derrière puisqu’il n’avait pas lâché prise et me suivait.
Une fois arrivée, je monte les quelques marches, recevant toujours des insultes par la tête. Je me retourne et lance très calmement à mon poursuivant : « Come on, get over it, that’s enough!
- Well, I’ll get over it when you’re dead.
- C’est ça, bonne journée.
Il a passé son chemin en continuant à chahuter. Je suis entrée à mon rendez-vous, complètement dépassée de la réaction d’un gars à qui tout ce que j’ai fait remarquer, c’est qu’il y avait une poubelle à quelques pas. Qui aurait cru que cela valait des menaces de mort?

17 mars 2008 à 8:46 |
c’est impressionnant de voir jusqu’à quel point des gens peuvent avoir des frustrations intérieures, je ne pense pas qu’il doit sourire souvent ce gars. J’ai déjà vu des gars frustré mais comme ça rarement
17 mars 2008 à 9:07 |
Incroyable!
Vraiment, ça me dépasse.
On peut s’attendre à “ce genre” de réaction, mais pas aussi intense!
C’est avec des histoires comme ça que je perds espoir. Misère!
2 juin 2008 à 9:54 |
[...] problème : C’est risqué. J’ai une liste d’anecdotes sur cette stratégie, dont celle du civisme extrême. Ce qu’elles ont en commun, c’est l’engueulade. Peu importe que vous vous infligiez la [...]